Mai 1991
L’Armée Tunisienne qui s’est encore une fois illustrée lors de la révolution du peuple Tunisien, par son dévouement à la patrie, a été largement abusée sous le régime de Ben Ali.
Cette Armée éduquée au sens de l’honneur et du devoir envers la nation, a subi une injustice sans précédent lors des années 90. Cette injustice demeure à ce jour ignorée au niveau de l’opinion publique d’un part et au niveau de l’autorité de tutelle (Ministère de la Défense Nationale) d’autre part.
Usant de la paranoïa sécuritaire, l’ancien Président Chef Suprême des Forces Armées a mobilisé son appareil de répression (Direction Générale de la Sûreté de l’Etat) pour procéder à un écrémage méthodique de l’Armée Nationale. Pour cela, il fallait trouver un motif fabriqué de toutes pièces : Inculper les meilleurs cadres de l’Armée d’appartenance au mouvement islamiste Ennahdha et de préparation d’un coup d’Etat. C’était l’affaire bien connue de Barraket Essahel de Mai 1991.
Témoignage
Lieutenant-Colonel (R) Mohamed Ahmed,
Mis à la retraite d’office en 1992.
Ancien élève et diplômé de : :
-l’Académie militaire de Fondouk Jédid, Tunisie -l’Ecole Supérieure Technique du Génie Militaire, Angers , France -L’Ecole de Commandement et d’Etat-major de Bortal Hayder , Tunisie -Le Command & General Staff College, Fort-Leavenworth, Kansas, USA -L’Ecole Supérieure de Guerre , Paris, France
A l’époque de mon arrestation, j’occupais, la fonction d’Assistant du Chef d’Etat-major de l’Armée de Terre, chargé de l’Organisation, de la Planification et des Etudes et depuis peu, j’étais nommé chef du Département Renseignement et Sécurité de l’Armée de Terre, par décision ministérielle.
Le 22 Mai 1991, vers 18h00, Le Chef d’ Etat-major de l’Armée de Terre (CEMAT) de l’époque, m’a demandé d’aller à la Direction Générale de la Sécurité Militaire (DGSM) pour assister à une réunion urgente. Arrivé aux bureaux de la DGSM je me présentais au bureau de l’Officier Supérieur qui devait me recevoir et que je connaissais bien. Ma surprise fut grande quand il m’a annoncé que j’étais attendu au Ministère de l’intérieur. Il m’a conduit dans sa voiture de fonction et nous sommes entrés au siège du ministère par une porte de derrière. Un agent de la Sûreté de l’Etat m’a accueilli et m’a conduit directement au bureau de Med Ali Ganzoui, Directeur Général de la Sûreté de l’Etat (DGSE) ; dans son bureau, j’ai constaté la présence d’un Colonel de la DGSM, que je connaissais également.
Le guet-apens était parfait !
Mohamed Ali Ganzoui m’a posé les questions suivantes : Etes-vous membre du mouvement Ennahdha ? Quelles sont les réunions d’Ennahdha, auxquelles vous avez récemment assisté, quand et où ?
Incroyable !!! Sans hésitation aucune, j’ai répondu que je n’ai rien à avoir avec ce mouvement et que je n’ai jamais assisté à ses réunions. Il a reposé sa question ; j’ai formulé la même réponse. Cela a duré quelques minutes.
Un agent est venu me chercher et m’a ramené dans un petit bureau, à l’étage, où j’ai été placé en isolement.
Désormais, je suis accusé de préparation d’un coup d’Etat contre le régime et d’appartenance au Mouvement Ennahdha !
Durant trois semaines, j’ai été isolé et torturé dans les locaux du Ministère de l’Intérieur. J’avais droit à un supplément de tortures pour les deux faits suivants : d’abord, pour avoir été nommé, depuis peu, par le Ministre de la Défense Nationale comme Chef du Bureau Renseignement et Sécurité de l’Armée de Terre, et ce, sur proposition du CEMAT et après accord de la DGSM ; le second fait est d’avoir été originaire de Gafsa. !
Au milieu de la 3ème semaine d’arrestation et de torture, j’ai été interrogé personnellement par Abdallah Kallel qui était entouré de Mohamed Ali Ganzoui et de Ezzeddine Jeneyah de la DGSE. Au moment de l’interrogatoire, J’étais une véritable loque humaine: Les pieds enflés, l’œil au beur noir, les lèvres éclatées. Ne pouvant pas tenir seul debout, deux agents de la sûreté de l’Etat m’avaient soutenu, au départ, puis j’ai été autorisé à m’asseoir sur une chaise.
Durant l’interrogatoire, il m’avait demandé de lui confirmer les aveux (obtenus sous la torture) et qui tournaient autour de la réunion supposée des Officiers de l’Armée à Barraket Essahel et les noms de ceux qui y ont assisté. Pour commencer, je l’ai remercié de m’avoir donné l’occasion de me défendre et de défendre l’honneur militaire de mes camarades puis, je lui ai dit que tout cela était de la fiction, et que tous les détails relatifs à ce coup d’Etat faisaient partie d’un scénario imaginaire. J’ai aussi affirmé devant lui que tous les officiers arrêtés constituaient la crème de l’Armée Nationale et qu’ils étaient de vrais patriotes. Ils ont toujours bien servi notre pays. L’interrogatoire tournait aussi autour des officiers de haut rang qu’il connaissait personnellement et dont les noms avaient été cités, mais qui n’avaient pas encore été arrêtés. Ce face à face a duré près de vingt minutes.
Après l’interrogatoire, j’ai été ramené dans ma cellule. A nouveau, j’ai été sévèrement torturé pour avoir déclaré devant le Ministre d’Etat que mes aveux et ceux de mes camarades étaient obtenus sous la torture et que tous les officiers cités étaient innocents.
Deux jours après l’interrogatoire du ministre, les agents de Sureté de l’Etat qui m’avaient torturé auparavant venaient me dire qu’ils avaient senti une certaine crédibilité dans mes déclarations et depuis ce jour là, ils ont arrêté le cycle de la torture.
Je dois signaler que pendant les trois premières semaines d’arrestation, tous les jours, vers 22h00, le chantier de la torture reprend. J’ai souvent entendu mes voisins de cellules geindre comme des bêtes blessées. Cette ambiance de cris, de pleurs et de complaintes créait un univers surréaliste. Un sentiment de désespoir s’est développé chez moi comme chez mes camarades. Certains de mes camarades m’ont avoué, quelques mois après, qu’ils avaient pensé, à un moment donné, mettre fin à leur vie. Car en fait, nous étions des condamnées à mort en puissance, vu la gravité des charges qui pesaient contre nous et vu l’absence de possibilités de défense, (aucun avocat ne nous a rendu visite, aucun médecin n’a pu constater les traces de torture, durant cette période d’arrestation..). Bref, nous étions privés de tout contact avec l’extérieur. C’était un crime méthodique, exécuté à huit clos.
La quatrième semaine, nous avons été transférés à la prison de Mornag et on a été mis dans la même chambre. Alors, j’ai découvert les camarades qui étaient arrêtés comme moi au Ministère de l’Intérieur : Le Colonel Moncef Zoghlami, le Lieutenant-Colonel Ali Hajji, le Commandant Hedi Tlijani, le Commandant Taieb Salhi, le Commandant Tahar Mannai, le Commandant Béchir Jerraya, le Commandant Habib Khedimallah et bien d’autres…
A la prison de Mornag, nous bénéficions quotidiennement d’une séance de liberté dans la cours au cours de laquelle on réapprenait à marcher. Le but de cette remise en état était d’effacer autant que faire se peut les traces de la torture. Mais les sévices sur nos pieds, nos chevilles et nos poignets nous ont accompagnés durant plusieurs mois après. J’ai mis plus de quatre mois pour pouvoir, à nouveau, conduire ma voiture. Les conséquences psychologiques de ce drame (la peur, l’anxiété, les cauchemars…) nous accompagnent toujours. Elles ont profondément bouleversé nos vies et celles de nos familles. Je dois signaler qu’au début de mon arrestation des agents de sûreté de l’Etat sont allés perquisitionner à mon domicile. Ils ont semé la panique et la peur auprès de ma femme et de mes enfants. Ils ont pris mon fusil de chasse que j’ai acquis plusieurs années auparavant avec un permis de port d’arme. Ils ont également pris quelques livres dont un livre d’Abdelbaki Hemassi, et des magazines comme Jeune Afrique. Ces objets constituaient des éléments de preuve de ma culpabilité !
Les techniques de torture utilisées à mon encontre ont comporté: l’isolement, l’empêchement de dormir, la dégradation de la personnalité individuelle, l’insulte, les gifles, les coups de poing sur le visage, la position du poulet rôti, la suspension par les pieds avec les mains liées au dos, la suffocation dans un bain d’eau avec mélange d’urine et de détritus ….
Mais ce qui m’a le plus marqué c’était le fait que des agents tortionnaires m’ont enlevé mes insignes de grades, ma médaille militaire, mon uniforme et m’ont obligé à porter un survêtement et une « chlaka » en plastique.
A la fin de la 4ème semaine (2è jour de l’Aid El Kébir, Juin 1991), nous avons été ramenés au siège du Ministère de l’Intérieur. C’était une fin d’après-midi. On nous a conduits à la salle de réunion du Ministre qui nous a rejoints, accompagné de : Mohamed Ali Ganzoui, DGSE ; le Directeur Général de la Sécurité Militaire; le Procureur général auprès du Tribunal Militaire, le Général Ali Sériati, Directeur Général de la Sûreté Nationale, le Colonel Moussa Khalfi de la DGSM et quelques collaborateurs du Ministre…
Le Ministre a commencé par nous dire que le Président a décidé de nous élargir et qu’il nous adresse ses vœux pour l’Aid ElKébir. Il a dit qu’il était désolé pour ce qui s’est passé. Il a dit aussi qu’ils étaient contraints de nous arrêter parce que tous les officiers arrêtés et interrogés citent vos noms. Mettez-vous à notre place ! Maintenant, vous allez rejoindre vos familles et le Ministère de la Défense Nationale procédera à la régularisation de votre situation.
Le Ministre a fait semblant d’ignorer que le mauvais traitement et la torture que nous avons subi étaient à l’origine de cette débâcle. Lui et ses principaux collaborateurs, au sein de la Direction Générale de Sûreté de l’Etat, en étaient les principaux responsables directs.
Après la réunion et à la tombée de la nuit, nous avons été amenés aux locaux de la DGSM, puis reconduits chez nos familles.
Une longue traversée de désert va suivre avec toutes sortes de harcèlements et de contrôles administratifs. Privé de mes papiers je ne pouvais ni voyager à l’étranger ni trouver un travail durant de longues années.
J’ai écrit plusieurs fois à la Présidence de la République pour attirer son attention sur cette injustice mais je n’ai reçu aucune réponse. J’ai également écrit à la Commission Supérieure des Droits de l’Homme, créé à l’époque, suite aux critiques des ONG des Droits de l’Homme sur la pratique de la torture en Tunisie, mais sans réponse également.
Mon cas comme ceux de mes camarades militaires a été longtemps gardé sous une chape de plomb durant ces années. Et le fait que nous soyons des anciens militaires, nous pénalisait lourdement car tout contact avec les médias tunisiens ou étrangers nous exposait à une accusation lourde de conséquences : atteinte à la sûreté de l’Etat.
Nos lettres adressées au Ministère de la Défense sont restés à ce jour sans réponse malgré les rappels.
Aujourd’hui, nous sommes lourdement handicapés et il nous semble qu’obtenir nos droits, demandera un travail titanesque. Nous sommes répartis sur tout le pays, nous n’avons pas les moyens de mobiliser des cabinets d’avocats, nous n’avons pas de conseillers juridiques, nous n’avons pas encore de contact avec des ONG actives en matière des Droits de l’Homme. Bref, nos droits nous semblent hors de portée. C’est pour cela que nous sollicitons l’assistance de tous ceux qui sont épris de liberté de justice et de dignité, en Tunisie comme ailleurs.
Lire aussi:
![photo%20MA[1]](http://tunisitri.files.wordpress.com/2011/03/photo20ma11.jpg?w=110&h=150)
http://tunisitri.wordpress.com/2011/03/09/l%e2%80%99affaire-des-militaires-inculpes-dans-le-complot-impute-a-ennahdha-en-1991/
nous avons vécu des moments terribles . j’étais avec ces braves officiers jusqu’au dernier jour dans la salle de conférence du M. de l’int .
malgré la lourdeur de ces années (20 ans) je sent une fierté énorme parce que ce passage furieux n’a pas pesé sur l’éducation de mes enfants
Cher Monsieur,
Je vous prie d’écrire votre témoignage, avec le maximum de détails, croyez-moi c’est le moyen de vous libérer de votre fardeau et d’apporter à vos concitoyens davantage de justifications pour bannir définitivement "la torture, les mauvais traitements et l’humiliation des êtres humains" et pour crier tous ensemble"jamais plus ça"! Je vous félicite de ce que vos enfants n’aient pas souffert de ce que vous avez subi, c’est la preuve qu’ils ont eu un milieu familial sain, ce que j’ai rencontré fort heureusement chez ceux de vos camarades que je connais. A bientot j’espère parce que j’ai l’intention d’écrire un livre sur le drame oublié des militaires!
A.M
Cher ami AM;
Je dis cher ami, puisque j’ai eu cette chance d’avoir lu alors que j’étais de passage à Paris en 2000, votre valeureux livre: Le Supplice Tunisien, que j’ai trouvé un miroir qui réflétait et qui reflète aujourd’hui mon drame.
Un autre point commun: je suis aussi de background agricole, j’ai eu mon bac au Lycée Agricole de Chott Mariem et j’ai fait les années préparatoires à l’INAT.
Je rejoins mon ami et collègue et presque parent et frère d’armes même dans le fiasco de Barraket Essahel Mohamed Ahmed et je fournis mon témoignage ci après:
Ce témoignage répond au droit du peuple tunisien de connaître et de savoir jusqu’où il a été abusé par le régime de Ben Ali. Le mensonge était un outil de travail de ce régime, La culture de la peur était sa doctrine. Même l’Armée Nationale qui vient de montrer encore une fois qu’elle est toujours le meilleur rempart, a été abusée par l’ancien régime et de quelle façon !
Nous faisons ce témoignage au nom de tous nos camarades Officiers Supérieurs, Officiers Subalternes, Sous-officiers et Hommes de Troupe de notre noble Armée Nationale, qui ont fait l’objet de tortures, de radiation des rangs, d’injustices, de persécution , de harcèlement et de spoliation des droits…, sous le régime de Ben Ali.
Ancien élève et diplômé de l’ Ecole de l’Air de Salon de Provence(France): Ingénieur en Aéronautique, Pilote Instructeur d’Hélicoptères et diplomé ensuite de l’U.S Air University Alabama/USA : Squadron Officer School & Ecole D’Etat Major Air, ancien enseignant à l’Academie de l’Air et l’Ecole d’Etat Major (Air), j’ai été arrêté alors que je commandais un escadron de formation des pilotes hélicoptères. J’attendais ces jours là une double consécration: passage de grade de commandant à Lieutenant Colonel à l’age de 36 ans et le départ pour suivre les cours de l’Ecole Supérieure de Guerre suite à ma brillante réussite à un concours que l’Armée de l’Air n’a pu envoyer personne à ces Ecoles depuis des années; l’age minimal pour passer ce concours était 42 ans, je l’ai passé sur insistance de mon chef d’Etat Major qui a tenu a obtenir une dérogation spéciale pour moi.
Le 21 mai 1991, à Sfax, je reçus une communication du même chef , le Chef d’Etat Major de l’Armée de l’Air me convoquant à une séance de travail concernant la maintenance des hélicoptères de mon escadron . Il était 11:00 et la réunion devrait se tenir à Tunis à 15 :00 heures, il m’a autorisé à me rendre à Tunis en hélicoptère. Je m’y rendit en pilotant moi-même l’appareil. J’ai appris longtemps après que mon chef n’était pas convaincu mais, …
En atterrissant à la base de l’Aouina, un commandant –moins ancien que moi- me conduisit à un local de la sécurité militaire plutôt qu’au ministère de la Défense pour la réunion prévue. Jusqu’à ce moment, je n’étais au courant de rien. Certains officiers intègres de la sécurité militaire me connaissant bien ont pris position en ma faveur – je l’ai appris par la suite – ce qui m’a épargné d’être transféré tout de suite au ministère de l’intérieur. Deux jours après, le 23 mai au soir, j’ai été conduit aux locaux du ministère de l’intérieur, où j’ai été torturé durant toute la nuit.
Arrivé ce soir là à ces locaux situés aux sous sols, toujours en tenue militaire, on me donna un bleu de travail pour quitter définitivement la tenue : moment extrêmement dégradant . Je ne savais toujours pas qu’est ce qui se passait, ce qu’on me reprochait, je ne l’ai jamais su d’ailleurs : personne ne me l’a dit. Après avoir établi une sorte de CV retraçant ma vie, les hostilités commencèrent par une gifle que je n’oublierai jamais : profonde blessure pour un officier supérieur, classé élite et décoré pour faits saillants. Un autre acte encore plus dégradant suivit : on me força à me déshabiller totalement et on me fit subir toutes les formes de tortures : coups de points, de pieds, barbotage la tête en bas dans un sot d’eau pleine de saleté jusqu’à étouffement, …
Le plus dur était le poulet rôti : cela durait plus longtemps. On ligotait les mains et on les fait passer par-dessus les genoux pliés, puis on passe un long bâton entre les mains et les jambes et on suspend le bâton supportant ainsi la personne entre deux supports, la tête dirigée vers le bas : atroce à supporter. Tout au long de ces moments qui paraissaient interminables, j’entendais des hurlements et des gémissements venant des bureaux avoisinant, on dirait une maternité où des femmes accouchaient, cela présageait l’avènement de la mort incessamment.
Aux rares moments de répit, on me posait quelques questions dont je ne comprenais pas la signification, du genre qui est avec vous ? quels sont les autres ? Ne sachant pas de quoi il s’agissait, je leur demandais de me dire qu’est ce qu’ils voulaient que je leur dise pourvu qu’ils arrêtent leurs sales besognes : tellement la torture était insupportable. Je sus par la suite que certains officiers ont même signé des PV à couper la tête sous ces conditions. Je m’estimais heureux parce que je ne suis pas arrivé à ce point et que les hostilités ont subitement cessé à l’aube pour moi. Le lendemain, en me réveillant sur un matelas très sale, mes tortionnaires m’apprirent qu’on ne me reproche rien. De grâce, je leur demandais qu’est ce qui se passe ?, pourquoi je suis là ? Personne ne répondait à mes questions, ils ont changé d’attitude jusqu’à m’offrir des cigarettes et un casse croute: ils m’entouraient pour demander comment on pilote un avion ? ou comment un petit bédouin comme moi a fait ses études dans les meilleures grandes écoles militaires du monde avec des fils de nobles en France et fils de généraux et amiraux? Je ne comprenais rien et ma pensée est constamment préoccupée par le sort de ma femme et mes quatre enfants (11, 9, 5 et 4 ans ) laissés à Sfax où j’occupais un logement de fonction à l’intérieur de la base. …
On me transféra deux jours après aux geôles de la cité Bouchoucha dans une cellule isolée où j’ai passé une vingtaine de jours, je ne savais toujours pas ce qui se passe, ni ce que je fais là. Le plus dur était pour moi le fait de ne rien savoir sur ce qui est arrivé à ma famille. Je ne savais toujours rien ni sur mon sort ni sur celui de ma famille.
Le 21eme jour, on me sortit pour me mettre dans une estafette où j’ai pour la première fois rencontré des officiers dont j’ai connus certains lorsque j’étais enseignant à l’Ecole d’Etat Major de Tunis, on se regardait sans rien dire. Chacun de nous croyait que c’était le moment de la délivrance ! Hélas, on nous amena à la prison civile de Mornag. C’est là où, dans une grande salle genre dortoir de Lycée, où certains de nos collègues, tous officiers supérieurs nous ont précédé, qu’on a compris qu’on était victime d’une conspiration crapuleuse. Après un quart d’heure de silence absolu très pesant, on a commencé à raconter et à tour de rôle chacun ce qu’il a subi. Un colonel plein ne pouvait pas encore se tenir debout, trois semaines après la torture qu’il a subie.
C’est le 23 juin, qu’on nous apprend qu’on va être libérés. Amenés encore une fois sur les lieux de notre cauchemar, mais cette fois aux étages du ministère où on fut reçus d’abord par un certain Med Ali Ganzoui accompagné d’un colonel de l’armée qui –on le savait auparavant- ne faisait pas honneur à la tenue : un certain Khalfi. Leurs regards étaient encore accusateur! On nous conduisit ensuite dans une grande salle de réunion où Abdallah Kallel nous a tenu un discours non convaincant, nous apprenant que le Président (déchu parce que peureux) a épluché en personne nos dossiers un à un et qu’il nous exprime ses regrets parce que soit disant on l’a mené en bateau.
Préjudices : le supplice ne s’est pas arrêté là. Libéré le lendemain et ramené chez moi, sur ordre présidentiel me dirait on, la traversée du désert a commencé pour durer jusqu’au 14 janvier 2011. J’apprends par mes proches qu’aux moments où j’étais chez mes tortionnaires, Abdallah Kallel a organisé une conférence de presse où il a cité mon nom et la presse l’a publié le lendemain : le 23 mai 91. Depuis, la plupart des gens, proches parents compris, me fuyaient par peur : très dur. L’attitude du commandement militaire – par excès de zèle de certains – était décevante : interdiction nominative d’accès aux cercles d’officiers et aux casernes,. Les membres du RCD du bled dénonçaient entre eux ceux qui m’adressaient la parole. La police locale, n’ayant reçu aucune consigne à mon égard s’informait à distance à travers leurs innombrables « moukhbirines », la question qui les hantait était comment celui que Abdallah Kallel a pratiquement « condamné » dans sa conférence de presse continue à toucher son salaire ! Le délégué du coin ordonna unjour aux agents de la STEG de couper le courant alimentant un puits m’appartenant, raison : non réglementaire à ses yeux !
Le plus insupportable était que certaines personnes, dont mes élèves en me rencontrant, changeaient de trottoir feignant ne pas me voir, et si par hasard il y a un contact, ils devaient par obligation faire un rapport écrit à la sécurité militaire.
Après 10 mois d’attente d’une décision sur mon sort, on m’apprit qu’on me mettait finalement à la retraite d’office à compter du 1er mai 1992. Très brillante carrière brisée. Agé alors de 37 ans, il fallut m’accorder 22 ans et demi de bonification pour la retraite complète, au lieu d’avoir le courage de dire que c’était un fiasco.
But recherché derrière le fiasco : Ecrémer la nation de toutes ses élites : Les officiers de l’Armée connus pour leurs compétences, les magistrats intègres, les meilleurs universitaires, ….
Séquelles : Blessures morales profondes, Souffrances psychologiques chroniques de mon épouse, deux de mes enfants en échec scolaire, ….
Alors que sur le plan matériel, ma survie et celle de mes enfants a été relativement garantie, mon honneur d’officier, ma dignité et la fierté du fils de la Tunisie profonde qui l’a éduqué dans les meilleures grandes écoles pour la servir ont été trainés dans la boue.
La justice Divine s’est faite, la justice des Hommes doit suivre.
A Tunis, le 15 mars 2011
Hedi Ben Massoud TLIJANI
Si vous n’êtes pas restés à votre poste pour servir la Tunisie c’est qu’on ne vous mérite pas cher Monsieur, ni vous ni vos collègues. Je n’ose même pas vous demander pardon parce que je ne crois pas qu’on y ait droit. Je savais Ben Ali criminel en privant notre pays de savants comme Ben Salem, qui était connu médiatiquement, et en vendant avec ses bandes de voleurs l’histoire du pays, mais on n’avait pas idée du crime vous concernant! Et Monsieur court toujours et on ne l’a pas encore accusé du crime de haute trahison??!!! Il faut que vous nous aidiez Monsieur à porter cette affaire devant les tribunaux pour qu’il soit jugé pour ces crimes, il faut remettre tout devant la justice!!! Même si vous n’obtenez pas réparation personnelle, votre témoignage et celui de vos collègues nous permettra de faire en sorte qu’il n’y aura ‘plus jamais ca’. L’honneur de l’armée est de notre honneur et il faut faire en sorte que la loi de l’omerta sur cette institution soit levée, ya rien à cacher au peuple! Avec tous mes respects !
Oui, chère concitoyenne.
Plus jamais çà même. Never again.
Que ce pays petit par sa taille et ses ressources naturelles mais grand et riche par plus de 3000 ans d’histoire puisse disposer pleinement de sa vraie richesse: ses Hommes et ses Femmes de valeur, jusqu’au dernier souffle qu’ils peuvent lui offrir.
Vous êtes descendante et héritière d’un Hannibal, d’un valeureux berbère T. Ibn Zied, d’un Imam shnoun, d’un Ibn Khaldoun, d’un Aghlabite, d’un Fatimide, d’un des Beys de Tunis qui faisaient trembler les monarques de la France, Danemark ou Hollande, d’un Khaireddine , d’un Chebbi, d’un Thaalbi, d’un Hached, … tout cela fait de vous la Femme vraie et grande comme la grandeur de la Tunisie.
Merci et bonne lecture.
cher frère cher citoyenne malgré le complot on est toujours grand par soi même par ces racines par son appartenance a ce grand pays . ça n’empêche qu’il y aura toujours ceux qui : par ignorance ou autre ; sèment un doute non justifie ; ils apprendront , quand le moment serais venus , qu’ils nageaient dans une mer de doute
qu est ce que vous avez fait maintenant rieeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeen et vous rester comme ça car kallel et ben ali ont volé vos ages le futur de vos familles et voila vous etes comme vous etes
qu est ce que vous avez fait maintenant rieeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeen et vous rester comme ça car kallel et ben ali ont volé vos ages le futur de vos familles et voila vous etes comme vous etes
Maintenant que la vérité sur cette affaire a fait surface, l’opinion publique a découvert le vrai visage de ces criminels qui se sont moqués de l’intelligence de tout un peuple pour continuer à dérober et subtiliser les acquis de la nation jusqu’à sa mémoire, on est fier d’avoir participé, même modestement à cet exploit. La conscience de nos frères d’armes en activité, qui ne savaient pas ce qui s’est passé réellement, s’est réveillée et ils nous soutiennent actuellement pour recouvrer nos droits et surtout et surtout et encore surtout que de telles exactions ne se répètent plus dans l’avenir.
Voilà où on est maintenant et l’avenir proche nous réserve de bonnes nouvelles.
La plupart d’entre nous sont prêts à reprendre le service de ce pays, petit par la taille mais grand comme toujours depuis Hannibal, et cela où et quand on peut être utiles.
La finalité pour nous est: "ASK NOT WHAT YOUR COUNTRY CAN DO FOR YOU? ASK WHAT YOU CAN DO FOR YOUR COUNTRY" comme disait J F KENNEDY.
Hedi Massoud TLIJANI
Mon Commandant Hedi TLIJANI,
je vous présente toute ma compassion.Le dictateur Ben Ali le sanguinaire était un lâche et un peureux,il a peur même de son ombre comme on dit.
J espère que vous serez réhabilité (surtout concernant vos avancements et grades manqués)ainsi que tous vos frères d arme qui ont subit ce drame!
Réclamer vos droits et que justice soit faite!
Encore une fois toute ma compassion mon Commandant.
Habib BENNEYA,ancien S/Officier à l Armée de Terre tunisienne
Je vous remercie, frère d’armes, pour vos nobles sentiments. Rien ne pourra compenser les dégâts qu’on a subits, il n’en demeure pas moins qu’on espère que plus jamais ce qui s’est passé n’advienne de nouveau en Tunisie. Cela sera notre ultime consolation.
Ce n’était pas un complot mais bel et bien un véritable coup d’état préparé par ennahda, ceci a été confirmé par quelques soldats qui ont été arretés et torturés.
"Un véritable coup d’Etat confirmé par quelques soldats qui ont été arrêtés et torturés", cette confirmation aurait été plus crédible si les aveux dont vous parlez n’étaient pas extorqués sous la torture, parce que dans ce cas, aucun tribunal digne de ce nom et qui se respecte, n’aurait jugé des gens qui ont été torturés!
J’ai suivi de l’étranger, à travers les rapports des observateurs internationaux, les deux procès devant le tribunal militaire et tous confirment que la torture était d’usage courant et cela seul suffit à leur annulation!
Tiens je vais publier cette semaine le suivi de ces procès…
Pour Antipropagande: Cher(e) Monsieur ou Madame qui affirmait « Un véritable coup d’Etat confirmé par quelques soldats qui ont été arrêtés et torturés », vous semblez être tellement sur(e) de ce que vous affirmez que cela me donne la certitude que vous faisiez surement partie de ces ignobles ramassis des médiocres et ignares qui ont monté ce scénario mensonger en 1991. Cela est ma certitude et vous n’avez qu’à la confirmer par vous même parce que vous vous reconnaissez surement. Maintenant pour mes respectables lecteurs: Vous trouvez dans les aveux et reconnaissances des accusés dans l’affaire "Barraket Essahel" présentement devant le tribunal Militaire, ie, MM Abdallah Kallel et Med Ali Guenzoui, que le scénario Barraket Essahel était un mensonge. Cette reconnaissance et ces aveux n’étaient pas extorqués sous la torture. A apprendre à ce/cette corbeau du nom de "Antipropagande" pour que dorénavant il/elle ne gratte que l’emplacement qui lui fera mal.